UNESCO Cities of Design

Nous avons fait une interview agréable avec l’artisan du bois Kadir İçin à propos du bois, de l’art, du design et d’être un artisan dans son atelier à Eyüp.

Je vous remercie d’avoir accepté de faire cette interview avec nous. Tout d’abord, pouvez-vous nous parler un peu de vous ?

Je viens de Kayseri. J’ai travaillé à Kayseri, j’ai commencé à exercer ce métier là-bas en tant qu’apprenti. Nous essayons toujours de faire de notre mieux. Nous n’avons aucun panneau, aucune publicité. Les gens nous trouvent à travers des recommandations. Si les gens avec lesquels nous faisons affaire nous recommandent, nous gagnons notre vie. Bien sûr, ce travail a été effectué dans des conditions très difficiles. Maintenant, c’est facile, il y a tellement d’outils et d’équipements qui n’existaient pas auparavant.

Depuis combien de temps travaillez-vous ici ?

Je suis ici depuis 1965.

Quand vous avez commencé à exercer ce métier, quel âge aviez-vous?

Je l’ai commencé quand j’avais 10 ans. La satisfaction des clients est importante dans ce métier. Nous faisons notre travail sur des recommandations. Vous ne pouvez pas commetre des fautes, il faut se regarder l’un et l’autre. Vous devez être une personne honnête. Vous voyez les maisons, les familles des gens ; il y a un sentiment de sincérité avec ce travail.

Comment est la culture de l’apprentissage maintenant, avez-vous des apprentis?

J’ai deux fils, ils sont mes apprentis. J’en suis triste, il devrait y avoir plus d’apprentis. Ceci doit être développé et étendu. S’il y a beaucoup de personnes qui font ce métier, il peut y avoir beaucoup d’idées différentes et le métier peut être développé en permanence. Il y avait auparavant tant de bons artisans, mais cet art est en train de disparaître car ils ne peuvent pas continuer leur travail. Nous en sommes profondément attristés; la pierre, le bois, ce sont nos traditions.

Que pouvons-nous faire pour sauver la culture de l’apprentissage ? Avez-vous des propositions ou des demandes dans ce sens ?

Le gouvernement devrait apporter son soutien. Il n’est pas possible d’y arriver avec seulement des efforts personnels. L’apprenti doit être compétent de nombreux égards, il doit être socialement développé. Dans notre métier, nous avons besoin de beaucoup d’apprentis, mais nous ne pouvons pas les former s’il n’y a pas d’installations économiques pour nous soutenir. Le gouvernement dispose de nombreuses agences, de la sécurité sociale, des subventions, et plus. Nous pouvons former des apprentis à l’aide de ces programmes, et ce métier deviendrait alors attrayant pour les jeunes. C’est la raison pour laquelle le gouvernement doit prendre des initiatives.

Pouvez-vous compter trois caractéristiques importantes qui sont nécessaires à la pratique de votre artisanat ?

Le design est important. Certains continuent à faire ce qu’ils ont vu de leur maître. Je suis d’avis qu’il fallait le changer et l’améliorer. C’est l’essence de l’artisanat. Mimar Sinan n’a laissé aucun espace vide entre le marbre et les pierres dans ses dessins. Quand vous voyez ses oeuvres, vous remarquez sa maîtrise. Dans notre métier, de telles innovations constantes, des modèles uniques qui sont compatibles entre eux, sont nécessaires. Il est important de laisser une marque.

Vous avez dit que vous êtiez venu à Istanbul en 1966. Qu’aimeriez-vous dire pour évaluer Istanbul dans le cadre de votre métier ? Cette ville a-t-elle une influence sur votre métier, vous inspire-t-elle ?

Bien sûr, cela influe mon métier. La culture en Anatolie est différente. Cet endroit est plus qualifié. J’ai travaillé à Kayseri aussi, mais Istanbul, c’est autre chose. Les racines d’Istanbul remontent à une époque plus ancienne, où de vrais artistes ont été formés. Le style de vie, l’atmosphère, c’est tout différent. Bien sûr, cela a inspiré mon travail. À Istanbul, il y a des gens ayant un niveau d’éducation élevé qui vous encouragent à produire des designs plus avancés et modernes, c’est très gratifiant en ce sens.

Comment voyez-vous les branches naissantes de l’art et du design ? Peuvent-elles être intégrées à votre art ou vaut-il mieux continuer en tant que disciplines séparées ?

De nos jours, tout a une durée de vie. Les nouvelles entreprises fabriquent maintenant leurs produits avec une durée de vie limitée. À titre d’exemple, ils fabriquent des meubles, disent que leur vie ne durera que de deux ou trois ans. Cela ne devrait pas être comme ça. Les meubles, à mon avis, font partie de l’identité d’une personne. Quand je vois les meubles de quelqu’un, je peux apprendre davantage sur la culture de cette famille. Je veux dire, c’est la manière dont la famille vit, alors cela fait partie de cette culture. Maintenant, ils font les choses conformément à la logique « utiliser pendant 2 ans, jeter, acheter un nouveau ». Nous le faisons quand nous dessinons pour des architectes, mais je veux vendre nos produits avec une garantie de 100 ans et rendre cette politique officielle. Le bois procure un sentiment de confort particulier aux gens.

Vous avez dit que vous travailliez avec des architectes. Votre travail progresse-t-il toujours comme ça ? Produisez-vous les dessins dessinés par les architectes ?

Pas de cette façon. L’architecte veut que son travail soit livré dans un court délai, veut quelque chose pour le lieu de travail ou le bureau. Nous le produisons ici, nous y allons et le montons ; c’est ce que nous faisons avec les architectes.

Dans le processus de création de meubles, comment déterminez-vous votre procédé de conception ?

Nous concevons en même temps que nous créons. Ou nous sommes inspirés par ce que nous voyons quelque part. Je suis plus inspiré par les travaux de marbre que je vois dans les vieilles fontaines et les mosquées. J’essaie de créer des dessins captivants sur certains produits. Nous avons de très précieux vieux arbres, j’essaie de les utiliser, de les façonner à travers mon imagination.

Donc, vous vous inspirez de ce que vous voyez …

Oui. Quand vous commencez à créer, c’est comme ça. Je sais quand quelque chose ira bien avec une autre. L’expérience est également importante.

Nous faisons des interviews avec de nombreux maîtres. Nous voulons mettre en valeur les arts traditionnels. Selon vous, que peut-on faire pour rendre les maîtres comme vous plus visibles et plus éminents ?

Parfois je produis quelque chose et un ami vient le prendre. Si je produis cela, je dois gagner de l’argent avec cela. Parfois, des arbres âgés de 30 à 40 ans viennent, il faut les transformer en un objet que les gens voudraient posséder. Le nombre de personnes qui nous connaissent devrait augmenter. Il peut y avoir des expositions.

Eh bien, en particulier, avez-vous jamais eu un moment où vous avez dit : « Je suis devenu un maître maintenant » ?

Je travaille depuis 40-50 ans. L’autre jour, j’ai fait un vernis et je me suis dit : « Je suppose que j’ai appris à vernir maintenant ». J’ai créé quelque chose en utilisant de vieux chênes, et je me suis dit : « C’est probablement la dernière pour moi de devenir un maître. » Ils disent que la découverte des connaissances est illimitée ; plus vous faites, plus elle arrive. Vous ne pouvez jamais dire « J’y suis arrivé, c’est terminé ».

Y a-t-il un âge pour apprendre votre artisanat ? Faut-il commencer dès le plus jeune âge comme vous ?

Tout le monde peut y arriver s’ils le souhaitent, mais l’expérience est importante. Quand vous regardez, vous devriez pouvoir dire « Cet arbre est comme ça, cette colle est comme ça, » vous devez le savoir. Cela peut être appris, mais il est beaucoup plus important de vous faire les dents et de l’expérimenter. En outre, vous devez aimer ce que vous faites, comme dans chaque secteur d’activités.

Eh bien, cela a été une belle conversation. Merci pour votre temps.